Qu’est-ce qu’un corps? C’est à cette question qu’une équipe d’anthropologue nous invite à réfléchir au travers d’une exposition au musée du Quai Branly, visitable jusqu’au 25 novembre 2007.
Cette exposition propose de comparer la manière dont est conçu le corps dans quatre régions du monde : Afrique de l’Ouest, Europe occidentale, Nouvelle-Guinée et Amazonie. Entre arguments anthropologiques et illustrations matérielles, l’Occidental moyen sera rapidement surpris par la richesse des sens, ainsi que par le caractère contradictoire du corps humain.
En effet, le corps est le lieu où s’exprime une confrontation. En Afrique de l’Ouest, c’est celle du vivant et du non-vivant. La fabrication du corps se fait dans un double mouvement : d’une part entre les enfants et les ancêtres car celui-ci (issu de l’homme qui s’est dissout dans la terre après l’enterrement) transmets au nouveau-né (qui est l’objet de rites pour quitter la terre et se transformer en véritable humain) les constituants vitaux (énergie, intelligence, esprit, etc.), et d’autre part entre les adultes et les représentations matérialisées d’ancêtre qui sont des modèles de vie et une filiation généalogique. Ainsi le corps provient d’une sorte de recyclage.
En Europe occidentale, la confrontation est celle du modèle divin et de l’exemplaire conforme. Le corps, en tant que chose séparée, est l’invention du christianisme. L’homme a été créé à l’image de Dieu et c’est l’incarnation (où le verbe se fait chair) qui institue le rapport entre Dieu et la créature. Même dans un monde déchristianisé, nous vivons toujours sous le régime de l’incarnation d’un modèle, qui fut d’abord divin et qui est aujourd’hui biologique. Ainsi le corps est toujours représentation, mais le modèle s’est transformé (idéal de beauté, de jeunesse…).
En Nouvelle-Guinée, la confrontation est celle du masculin et du féminin. Le corps est formé par le mélange du père (le sperme) et de la mère (le sang). Fait d’une charpente osseuse masculine contenue dans une enveloppe charnelle féminine, le corps du garçon ou de la fille est toujours marqué par la présence de l’autre sexe. Mais le corps masculin doit être transformé, en quittant l’enveloppe féminine, pour continuer le clan paternel (par saignées, vomissements, rites homosexuels, etc.).
En Amazonie, la confrontation est celle de l’humain et du non-humain. Le corps n’est pas quelque chose de stable. Sa forme dépend de la relation entre celui qui perçoit et celui qui est perçu, relation liée au régime alimentaire. Si l’autre mange comme moi et avec moi, je le vois sous forme humaine. S’il peut être mangé par moi ou me manger alors il n’est pas un humain et m’apparaît comme une proie ou un prédateur. Le corps humain (ou plutôt l’humanité d’un corps) est la matérialisation d’une relation d’identité. D’autres dispositions, inscrites dans le corps, sont signalées par le vêtement et l’ornement (les dents ou griffes indiquent la disposition prédatrice, la luminosité signale la puissance de séduction, etc.).
Musée du Quai Branly, 37 quai Branly ; 75007 Paris
Exposition du 23 juin au 25 novembre.
…