Mort ? On a plutôt le sentiment qu’il s’est effacé, comme une main qui repousse un souvenir, un pas qui s’éloigne dans la foule, l’arabesque d’un oiseau qui s’envole dans le ciel, tous ces gestes qu’il a inscrits dans la mémoire des générations de ses spectateurs. Marcel Marceau est mort, samedi 22 septembre, à l’âge de 84 ans.
Le mime Marceau n’est plus, mais Bip est là, encore et toujours, à l’égal du Pierrot réinventé par Debureau au XIXe siècle sur le boulevard du Temple, ou du Baptiste incarné par Jean-Louis Barrault dans Les Enfants du paradis, de Marcel Carné. Bip, ce personnage qui lui est venu, un soir de 1947, et qui l’a accompagné sur les scènes du monde, exprimant ce que les mots ne pouvaient dire : le combat onirique et inquiet d’un Don Quichotte du XXe siècle qui était le double de son auteur, avec son visage blanc comme une feuille à calligraphie, ses lèvres couleur sang et cette larme jaillie de l’oeil bordé de noir qui arrêtaient les passants dans les rues de Paris, où si souvent ils furent affichés. Il aura fallu attendre avant de connaître la vraie histoire de cette larme. Pendant des décennies, Marcel Marceau n’a rien dit, ou presque, de l’homme qu’il était et qui se cachait derrière Bip. Mort ? On a plutôt le sentiment qu’il s’est effacé, comme une main qui repousse un souvenir, un pas qui s’éloigne dans la foule, l’arabesque d’un oiseau qui s’envole dans le ciel, tous ces gestes qu’il a inscrits dans la mémoire des générations de ses spectateurs. Marcel Marceau est mort, samedi 22 septembre, à l’âge de 84 ans.
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C’est cette double leçon, du silence et du geste, qui a en partie fondé son choix du mime. “J’en avais assez de mentir comme j’avais dû le faire dans la Résistance“, dira-t-il. Et puis, il n’oubliera pas ce qu’il rappelait au Monde, en 1997 : “Les gens qui revenaient des camps ne pouvaient pas en parler, ne savaient pas comment raconter.” Une rencontre va sceller sa vocation : celle d’Etienne Decroux, le grand rénovateur du mime, “l’inventeur de la marche sur place“, dont il fait la connaissance au cours de théâtre de Charles Dullin, son autre grand professeur. C’est avec lui qu’il devient Marcel Marceau, du nom du général de la Révolution. Et c’est lui qui lui confirme qu’il est “né mime.” Comme souvent en la matière, le maître enseigne moins qu’il ne guide celui qui a tout en lui pour devenir “l’acteur dilaté” qu’il appelle de ses voeux. Un corps mince et musclé, taillé pour la souplesse athlétique que requiert son art, et une capacité d’expression hors du commun Chez Decroux, il y a aussi Jean-Louis Barrault, décidé à faire oublier les grossières “arlequinades” qui ont dévoyé le mime le long du boulevard du Crime, au tournant du XIXe siècle. Et c’est avec lui que Marcel Marceau commence. En 1946, quand Barrault créée sa compagnie avec Madeleine Renaud, et s’installe au Théâtre des Champs-Elysées, il l’engage pour jouer Arlequin. Leur association durera un an. Puis, Marceau s’en va. Il n’est pas en accord avec le choix que fait Barrault de la parole. Lui ne renonce pas, et jamais ne renoncera au silence, ce qui lui sera parfois reproché.
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Ce fut le dernier envol de sa vie tout entière consacrée au mime, cet art dont il disait qu’il “donne au silence l’écho du temps et la pesanteur ailée de l’espace.” On ne trouvera pas mieux.
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Le mime Marceau
LE MONDE | 24.09.07