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«Le monde de l’éducation» malade?
La Tribune
par Marc Bélanger
Kingsbury
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Il y a quelques années, à ma retraite, j’animais une émission de télévision (canal communautaire de Granby) intitulée Le Monde de l’éducation.
Dix ans ont passé et je ne reconnais plus ce monde. Il me fait même peur : la réforme plus que théorique des programmes, la mollesse dans les exigences, la manie d’esquiver des étapes, mais surtout la passivité, le silence des intervenants et des parents face à tous ces changements pour le moins discutables.
Il y a toujours une goutte qui fait déborder… Pour moi, grand-père à sept reprises, c’est l’arrivée à la maternelle de mes deux petites filles. Pendant la vingtaine d’années que j’ai dirigé une école primaire à Granby, (Saint-Luc et Saint-André) et durant un bref séjour comme conseiller pédagogique, je n’ai jamais cru un instant que la maternelle pouvait devenir une première année déguisée.
En maternelle les enfants ont le développement, la capacité, l’endurance d’un être de 5 ans. C’est aussi vrai aujourd’hui que dans le passé. Exiger davantage c’est ne pas respecter le vécu des enfants. Ces derniers n’ont plus le droit ” d’apprivoiser ” le système scolaire. Il leur faut tout de suite se lancer dans le ” sérieux “, la performance à tout prix : lire, écrire, compter. Ça c’est de l’école! Des parents auront ainsi le loisir d’épater la galerie avec les prouesses de leur rejeton qui, déjà à 5 ans, sait lire, écrire, compter. Vive l’académique!
Au juste, que voulons-nous? Des petits chiens savants ou des enfants heureux, sereins, épanouis? N’est-il pas plus normal de respecter constamment le rythme, les capacités, le cheminement des tout-petits? Les maternelles de mon temps (je ne suis quand même pas du 19e siècle) prônaient la socialisation, les préalables, les ateliers, le jeux éducatifs afin de développer la motricité fine, la dextérité etc… De nos jours les éducateurs (trices) semblent vouloir à tout prix ” faire de la classe “. Qui leur donne cette orientation? Le ministère, la commission, les directeurs? Est-ce qu’il y a un pédagogue dans l’école ou seulement un administrateur?
Des devoirs à la maison en maternelle mes deux petites filles en ont à réaliser jusqu’à la fin de juin, elles ont aussi droit à des exposés oraux avec tout le stress qui va avec (4 pendant l’année). Elles se retrouvent même avec des travaux écrits à reprendre à la maison. Tout cela à 5 ans, en maternelle. Qui dit mieux! Quel beau gâchis!
Cette pression des adultes devient alors si forte que les enfants vivent des tics nerveux de l’insomnie et, plus grave encore, un certain dégoût de l’école. Ce n’est pas, tout à fait l’objectif que l’on avait fixé, à l’origine aux maternelles.
Ce n’est pas parce que la maternelle a passé d’une demi-journée à une journée complète que cette philosophie est acceptable. Les enfants ont toujours, comme jadis, la mentalité, les capacités d’un être de 5 ans.
Voilà le résultat scandaleux de cette nouvelle conception de la maternelle; nous préparons très tôt les futurs décrocheurs. Bravo à tous ces décideurs complices qui regardent béatement la parade.
Je souhaite de tout coeur que les parents prennent les choses en mains, surtout si les enseignants et les directions continuent à ne voir là rien d’alarmant!
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