Notre destin n’est pas inscrit dans les gènes
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Par Bertrand Jordan,
biologiste moléculaire, fondateur de la Génopole Marseille-Nice
Une fois encore, le vieux débat entre l’inné et l’acquis redevient d’actualité… et une fois encore à partir de positions caricaturales qui suscitent protestations et débats. Positions caricaturales, car si je n’approuve évidemment pas Nicolas Sarkozy, je ne peux non plus adhérer totalement au propos de Michel Onfray, son interlocuteur, lorsqu’il affirme que «nous sommes façonnés, non par nos gènes, mais par notre environnement». Poser le débat en ces termes, c’est se condamner à un dialogue de sourds.
Ce débat revient, parce qu’il recouvre deux manières d’envisager l’homme et la société: l’une, généralement de gauche, croit aux vastes potentialités de l’être humain et refuse l’idée qu’il soit déterminé par ses gènes. L’autre, habituellement à droite, minimise l’importance des conditions sociales et veut attribuer la plupart des dysfonctionnements à l’individu et à ses gènes plutôt qu’à son environnement. Il n’est donc pas étonnant de voir Sarkozy tenir ces propos, même si leur absence de nuances témoigne une fois de plus de la brutalité du personnage. Ce débat revient aussi parce que la génétique a fait d’immenses progrès, que nous avons élucidé nombre de maladies héréditaires, lu les trois milliards de lettres de notre ADN et commencé à mieux comprendre les relations entre nos gènes et notre physiologie, notre santé et, peut-être, certains aspects de nos comportements. L’ère de l’ADN est advenue avec des excès particulièrement visibles dans le monde anglo-saxon: les prétendues découvertes du «gène de l’homosexualité», du «gène de l’autisme» ou même du «gène de la religion» sont médiatisées à partir de données scientifiques fragmentaires et qui s’avèrent par la suite sans fondement réel. Pour le généticien que je suis, il est néanmoins indéniable que certains comportements sont influencés par les gènes. Plus exactement par certains de leurs allèles: ce qui nous distingue les uns des autres, c’est l’existence de versions légèrement différentes de nos gènes communs. Certains allèles peuvent entraîner des maladies héréditaires, comme la myopathie. Mais de tels cas sont heureusement exceptionnels, et l’influence de ces variants est d’habitude plus subtile : l’un pourra augmenter le risque de diabète, tandis qu’un autre, au contraire, protégera contre l’hypertension artérielle …
Il n’est pas aisé d’étudier le rôle des gènes dans le comportement humain. D’abord parce que notre population est hétérogène: nous sommes «tous parents, tous différents», ce qui complique toute comparaison. Ensuite parce que le rôle de la culture, de l’éducation, de l’environnement familial et social tend à brouiller l’éventuelle contribution des gènes. Et, enfin, parce que ce sujet porte une telle charge idéologique et médiatique (on le voit bien en ce moment) qu’il est difficile aux médias et même aux chercheurs de s’en abstraire et de rester objectifs. Il n’en reste pas moins que certains résultats sont indéniables, que la schizophrénie et l’autisme, par exemple, ont une importante composante génétique. Cependant, les très nombreux travaux menés depuis une dizaine d’années n’ont pas trouvé «le» gène de l’autisme ou de la schizophrénie: des dizaines, peut-être des centaines de gènes sont en cause et c’est la conjonction de nombreux variants défavorables chez une même personne, jointe parfois à un événement traumatique, qui provoque la maladie. De même, pour la tendance à la dépression : certains allèles de gènes impliqués dans le fonctionnement cérébral favorisent l’apparition d’une réaction dépressive aux accidents de la vie. La part de l’inné n’est donc pas nulle, elle n’est pas pour autant «immense» ! Notre destin n’est pas inscrit dans nos gènes, même si chacun de nous porte dans son patrimoine génétique un terrain plus ou moins favorable au développement de telle ou telle tendance de personnalité.
Les positions sans nuances comme celles de Sarkozy ne sont pas nouvelles, et si elles se retrouvent le plus souvent dans le camp conservateur, c’est parce qu’elles contribuent à justifier l’ordre établi: si le suicide ou la pédophilie sont dans les gènes, il est évidemment inutile de chercher à remédier à leurs causes sociales. Il est donc essentiel de rappeler que ces conceptions ne sont nullement appuyées sur la science, et qu’au contraire elles en constituent un dévoiement inacceptable, tout comme, en leur temps, les preuves «scientifiques» de l’inégalité des races auxquelles certains, hélas, se réfèrent encore …
Origine de l’article : Le web de l’humanité
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Posted by Ben.P on avril 23, 2007 at 5:25
Quel débat sans fond ! Il me semble que la question est vide. La science a prouvé qu’il y a une interaction bidirectionnelle entre l’environnement et la génétique… Un discours vide sur fond politique !